Partons à la découverte d’une revue professionnelle éditée dans un autre pays, Information professional, par l’association britannique CILIP, « The library and information association« . J’ai en effet eu le loisir de lire deux leurs numéros de juin-juillet 2020 et octobre-novembre 2020. Voici un bref résumé des articles intéressants selon moi.
Juin-juillet 2020
Dans ce numéro marqué évidemment par la pandémie mais aussi par les mouvements sociaux (Black lives matter et les problèmes démocratiques), je découvre la situation au Royaume-Uni.
Une première actualité présentée est le résultat d’une recherche d’une étudiante, Elizabeth Carney, qui a gagné un prix délivré par l’association. Elle a étudié, dans ce qu’on appellerait en France je pense un mémoire de master, l’anxiété liée aux bibliothèques : un sentiment de confusion et de trop plein d’émotions lié au fait d’aller/de travailler dans une bibliothèque, ce qui amène à les éviter. Elle s’arrête surtout sur les personnels de santé (car la recherche qu’elle a trouvé s’intéressait aux étudiant·es dans le contexte universitaire) qui ont donné des raisons autres (manque de temps essentiellement) pour ne pas fréquenter leurs bibliothèques (ou centres de documentation) dédiés à leur domaine autant qu’iels disent vouloir le faire. Son hypothèse de recherche est du coup négative, mais elle a proposé des solutions pour rapprocher ce public de sa bibliothèque, notamment sur le numérique. Elle a remarqué par ailleurs que le sentiment de communauté (community en anglais, mais qui ne passe pas très bien en français) autour du lieu et du service que représentent les bibliothèques aide beaucoup les usagers.
Un dossier est par ailleurs sur le thème des bibliothécaires/documentalistes en charge des ces lieux pendant la pandémie et de leur rapport aux soignant·es; iels ont eu pour but de faciliter la transmission de savoir.
Chaque numéro semble mettre en avant une bibliothèque à travers le monde : ici la bibliothèque universitaire de Basel, en Suisse. C’est ici un témoignage du rapport d’un usager avec le lieu et l’impact du confinement.
La bibliothèque nationale du Pays de Galle, qui était déjà en difficulté financièrement, est menacée.
Il existe un prix du catalogage (cataloguing award) et là, mes yeux brillent.
Il y a des brèves sur les bibliothèques et les livres dans le monde, comme par exemple la censure liée aux ouvrages pro-démocratiques à Hong Kong. Des articles portent sur des personnes influentes, comme des président·es de think tanks.
Un article long, Critical thinking to navigate a storm of misinfirmation par Alex Clegg de Sense about science, association (je crois) centrée mettre en avant sur la preuve et la science pour l’intérêt commun. Un compte-rendu de ses ateliers auprès des jeunes et quelques apports de la recherche.
De nombreux articles sont liés à la crise sanitaire et à la crise économique : comment certains réseaux de bibliothèques se sont adaptés. Je n’ai rien trouvé de vraiment différents de la France (enfin, je ne connais pas les BM), mais un article intéressant parle des teacher librarians, considérés comme équivalents des professeures documentalistes. J’en conclue :
- les TL ont les mêmes soucis de reconnaissance et légitimité que les prof doc, ielles ont enfin parues comme essentielles pendant la crise auprès des collègues enseignant·es. Même discours de « mais j’essaie depuis septembre/des années de vous parler de ces ressources ! Je te conseille ci ou ça »
- mêmes questions/contraintes faces aux protocoles sanitaires pour les documents
- même créativité et capacité d’innover de nulle part MAIS plus de moyens… et de solutions techniques (prêts de ebooks, même si pas encore établi vraiment, etc) ET plus de marge de manœuvre, ielles semblent moins vues comme périphériques, comme personne en plus, dans les établissements (avec des contraintes associées implicitement dans l’implication, comme livraison de livres à domicile dans certains cas; je n’ai pas entendu parler de ça en France)
- paradoxalement, meilleure participation des prof doc à la vie de l’établissement dans le sens où les TL ne peuvent presque jamais assister aux réunions d’équipe, le covid apportant une exception bienvenue pour ielles.
Un article designing libraries : the disrupted library. Le fait de lire a été vu par le passé comme associé à une attitude de repli sur soi, anti-sociale ; le covid a remis cette idée d’isolation par la lecture au goût du jour. Les usagers se sont habitués aux technologies employées par les bibliothèques (e-books etc), et de nouveaux usagers sont venus pendant la pandémie sur cette offre numérique. On assiste à un développement des réseaux sociaux (pas forcément les sites/appli; plutôt l’idée d’être en réseau avec d’autres lecteurs·rices) de soutien. L’attrait pour le lieu et la présence physique n’a cependant pas diminué.
Un bilan des prêts au niveau national pendant une période donnée, ici l’été (j’adore l’idée) : top des emprunts par secteur adulte, jeunesse (avec notamment The Hate u give et Où est Charlie xD), volume des prêts, répartition…
Des critiques d’ouvrages pro, dont un (en 6 volumes xD) que j’aimerais lire dans un monde idéal sans soucis de temps, d’argent, de fatigue… : une publication d’une association américaine ACRL: Framing Information Literacy (PIL#73), Volume 1: Research as Inquiry.
